La kermesse héroïque (1935) de Jacques Feyder
Dans les Flandres occupées par les espagnols en 1616, les atrocités
de la guerre récente sont encore dans tous les esprits.
Lorsque la petite ville de Boom apprend l’arrivée imminente d’un
détachement espagnol qui désire y bivouaquer, la panique chez
les élus est telle que le bourgmestre préfère se faire passer
pour mort. Sa femme prend les choses en main et décide de
recevoir les militaires. Ceux-ci se révèleront être bien plus
civilisés qu’escompté…
La Kermesse Héroïque est une fantaisie historique, adaptation d’une
nouvelle écrite par Charles Spaak dix ans auparavant.
Le film engendra à sa sortie une vive réaction en Belgique, allant
jusqu’à l’émeute : il lui était reproché de tourner en dérision
l’esprit de résistance à l’ennemi.
En réalité, Feyder a été certainement plus attiré par la reconstitution
de ce petit village, une création faite entièrement en studio
avec une méticulosité vraiment admirable ; les décors évoquent
la peinture flamande (Bruegel le Jeune est d’ailleurs l’un des
personnages du film), les costumes sont nombreux et soignés dans
leurs moindres détails.
L’histoire aurait pu être plus truculente mais il faut reconnaître que
Feyder a su éviter toute vulgarité et autres facilités. Les
personnages sont typés, mais jamais avec excès. L’interprétation
est vive, emmenée par la vitalité de Françoise Rosay (qui était,
rappelons-le, la femme de Jacques Feyder).
La Kermesse Héroïque reste un film toujours aussi plaisant à voir
aujourd’hui.
Remarques :
Comme cela se faisait parfois à l’époque, une version en langue allemande
fut tournée simultanément avec des acteurs différents : Die
klugen Frauen. Seule Françoise Rosay joue dans les deux
versions.
extrait du
blog : "L'Oeil sur l'Ecran" du journal "Le Monde".